«
– Bordel Sarah, tu vas choper une pneumonie ! Allez viens, on rentre. Toujours assise sur son banc, sous une pluie battante, Sarah releva la tête vers la petite blonde en face d'elle. Emmitouflée dans un gros manteau sombre, elle agrippait fermement son parapluie, tout en jetant par moment des regards haineux au ciel.
– Sarah, s'il te plait, hurla la belle blonde, tandis ce que son parapluie manquait une fois de plus de s'envoler, emporté par le vent.
Au dessus d'elles, le ciel explosa à nouveau, et la blonde sursauta brusquement. En réalité, Charlère Jackson était effrayée par l'orage. Pourtant, elle était sortit de chez elle soir là, elle avait osé mettre le nez dehors, tout ça pour elle : Sarah.
Sarah et Charlère se connaissaient depuis toujours et avaient toujours tout partagé. Pourtant, depuis plusieurs mois, Charlère sentait que sa meilleure amie lui glissait entre les doigts. Elle la voyait s'éloigner, chaque jour un peu plus. Et le pire, dans tout ça, c'est que Charlène se sentait coupable, infiniment coupable. Coupable de ne pas avoir été capable de découvrir ce qui tourmentait son amie. Coupable de ne pas savoir la retenir, de ne pas pouvoir l'empêcher de sombrer.
Car elle le savait : Sarah sombrait.
Un nouveau coup de tonnerre retenti, et Charlie étouffa un cri. Suppliant son amie du regard, elle la vit lever les yeux au ciel une dernière fois, avant de se lever.
Glissant sa main dans celle de Charlène, Sarah se leva et suivit sa meilleure amie, sans rien dire.
Les yeux gonflés et le c½ur atrophié, elle se laissa guider parmis la foule, sans opposer la moindre résistance. En fait, la belle n'avait plus la force de dire le moindre mot. Elle aurait voulu rester là, assise sur son foutu banc, à pleurer toutes les larmes de son corps jusqu'à ce que mort s'en suive, mais elle avait suivi son amie malgrès tout, trop faible pour lui résister.
Trop faible, comme toujours.
Peut être était-ce pour sa faiblesse, qu'il l'avait quitté, après tout. Peut être n'a-t-elle pas été assez forte pour le retenir, pour mériter un homme tel que lui. Elle avait été trop faible pour le garder, et voilà qu'aujourd'hui, elle était trop faible pour lui survivre.
Sa vie était si simple pourtant, avant lui. Vivre était facile, et l'avait toujours été. Elle avait grandi dans une famille unie et sans histoire, couvée et surprotégée par ses parents qui l'adoraient. Infirmière, elle avait toujours su ce qu'elle voulait faire de sa vie et y était parvenue sans rencontrer de problèmes. La vie était facile, et elle l'aimait, sa vie.
Elle aimait sa meilleure amie, qu'elle connaissait mieux que personne. Elle aimait son petit ami, avec qui elle était depuis plus de huit ans. Elle aimait son travail, ses collègues, ses amis. Elle aimait la vie, et croyait dur comme fer que tout était pour le mieux. Puis, il était arrivé.
Elle ne s'attendait pas à ça, toutefois. Non, elle ne s'attendait pas à tomber amoureuse. Peut être parce qu'elle pensait l'être déjà. Peut être parce qu'elle se croyait incapable de remarquer un autre homme que le sien : Nate. En fait, elle n'y connaissait rien, à l'époque, sur ce qu'était l'Amour.
Il était là, assit au bar, dans ce petit café habituellement désert, dans lequel Sarah adorait flâner. Elle s'était assise tout près de lui, sans même le remarquer. Puis elle avait balayé la pièce du regard, et avait croisé le sien.
Ils s'étaient alors contemplés, en silence, chacun subjugué par la profondeur du regard de l'autre, pendant ce qui semblait être d'interminables secondes. Puis avaient commencé à parler. De tout, de rien, comme s'ils se connaissaient depuis toujours.
Et au bout du compte, elle était tombée amoureuse de lui, sans même s'en apercevoir vraiment.
Elle l'avait revu, dès le lendemain, et tous les jours suivants, se laissant submerger par la vague de violente passion qu'il éveillait en elle. Elle le connaissait par c½ur, pour avoir arpenté son corps tant de fois déjà qu'elle en garde encore aujourd'hui le gout sur le bout des lèvres. Ils s'étaient aimés, passionnément, dans cette petite chambre d'hôtel. Jusqu'à ce qu'il disparaisse. Et lorsqu'il disparut, Sarah comprit qu'elle ne savait rien de la vie, qu'elle ne savait rien non plus de lui.
Elle ne savait rien, ne connaissait rien de sa vie. Ni son nom, ni son métier, ni même son adresse. Ni tout ces petits détails que ce content les couples heureux, comme le nombre de sucres qu'il mettait dans son café, ou son plat préféré. Elle ne savait rien. Rien d'autre que le goût de sa peau, la chaleur de son souffle, la douceur de ses lèvres.
Alors elle se raccrocha à ces quelques détails volés, comme la ride qui naissait sur son front quant un homme venait à la regarder avec trop d'ardeur ; les doux mots d'amour qu'il lui soufflait à l'oreille le soir, lorsqu'il la croyait endormie ; les tendres baisers qu'il déposait sur son épaule chaque matin pour la réveiller ; les regards langoureux qu'il lui lançait parfois ou encore les frissons de plaisir qu'il lui arrachait, lorsque ses mains parcouraient son corps...
A ressasser sans cesse ces souvenirs, il lui semblait que son odeur flottait dans l'air, qu'elle distinguait son ombre dans la foule, et que parfois, les nuages eux mêmes dessinaient son visage. Alors, elle en venait à croire qu'elle l'avait inventé, qu'elle avait tout imaginé de lui, comme pour combler le vide de sa vie. Qu'il n'était qu'un rêve, une illusion imposée à son esprit pour la faire devenir folle.
Puis, elle se rappelait son c½ur agonisant et son corps crevé d'amour, et comprenait qu'elle ne l'avait pas rêvé. Qu'il avait existé, et qu'il l'avait brisé, en la quittant sans un mot.
Pénétrant dans le petit appartement surchauffé de son amie, Sarah se laissa tomber sur une chaise, tremblante de froid et trempée jusqu'aux os. La jolie blonde posa son manteau et son parapluie avant de se poster devant Sarah, les mains sur les hanches.
– Alors ?
– Alors quoi ? répondit Sarah, troublée par le ton cinglant de son amie.
– Alors, à quoi tu joues, au juste ?
– A quoi es ce que...
– Qu'es ce que tu fous, bordel ?! hurla Charlère, les yeux soudainement embués de larmes.
Tu ne peux pas continuer comme ça, à te détruire ! Tu ne peux pas continuer à m'exclure de ta vie. Tu as toujours été là pour moi, et maintenant que toi, tu ne vas pas bien, moi, je ne sers à rien ! Laisses moi t'aider ! Dis-moi ce...
– Je suis amoureuse. Murmura Sarah, coupa momentanément les hurlements de son amie.
– Tu...
– Je suis amoureuse, Charlie. Les mots restèrent en suspend dans l'air un instant, comme s'ils ne parvenaient à se défaire de celle qui les avaient lâchés.
Charlène fronça les sourcils, attendant la suite : En vain.
– Pourquoi ? Pourquoi pleurer, dans ce cas là ? Je ne comprends pas... Non, Charlère ne comprenait pas. Même sa meilleure et seule vraie amie ignorait tout de Calvin. Elle ne savait rien de leur rencontre, de leur histoire, et ignorait jusqu'à son nom. Tout simplement parce que Sarah n'a jamais trouvé le courage, ni même la force, d'en parler à son amie.
Elle aurait pu lui dire bien avant, pourtant, qu'elle était amoureuse.
Oui, elle était amoureuse. Et c'était cet amour qui la rongeait chaque jour un peu plus, qui esquintait son c½ur déjà meurtri, qui la hantait à chaque instant. Elle était amoureuse, et au plus profond d'elle, elle savait que cet amour la conduirait à sa perte. Qu'elle mourrait, à cause et pour lui.
– Calvin, susurra-t-elle entre ses dents.
Il s'appelle Calvin. Elle inspira profondément, et relevant le menton, se prépara. Elle se prépara à partager ses souvenirs si précieux, qu'elle protégeait jalousement. Elle s'apprêtait à parler de son amour disparut à tout jamais, à la seule autre personne qui comptait vraiment à ses yeux.
Ce qu'elle ne savait pas encore, c'était qu'il reviendrait très bientôt. Parce que loin d'elle, Calvin non plus, ne parvint pas à vivre.
Ce qu'elle ne savait pas, c'est qu'elle mourra malgré tout, qu'il revienne ou non, pour la même raison : Pour lui. »
Etre prévenue. Michelle
Williams
as Charlère
Jackson
[
Je suis instable, je crois m'être perdue.
J'ai l'impression que ces mots ne sont pas les miens... Qu'ils ne m'appartiennent pas. ]
Louka